La sécurité personnelle : le risque dont on parle rarement

Une réflexion de leadership pour le début de l’année

En début d’année, la pression peut sembler à la fois étrangement silencieuse… et étrangement forte.

Silencieuse, parce que le calendrier n’est pas encore rempli de tout ce qu’il contiendra bientôt. Forte, parce que le monde, lui, ne ralentit pas simplement parce qu’on tourne la page vers une nouvelle année. Les manchettes continuent. Les coûts augmentent. Les plans changent. Les attentes évoluent. Et vous demeurez responsable. Vous êtes toujours la personne à qui l’on demande : « Quel est le plan ? » - même lorsque ce plan comporte une multitude d’inconnues.

Dans tout cela, il est facile de faire ce que les dirigeants font le mieux : regarder vers l’extérieur.

On pense à l’organisation.
Aux équipes.
Aux opérations.
Aux risques.
Aux projets.
À la prochaine décision.
À la prochaine réunion.

Mais sous tout ce que nous faisons se cache une vérité que nous nommons rarement :

Le risque commence avant même la journée de travail.

Quelqu’un m’a déjà dit que nous prenons des risques dès le moment où nous nous levons le matin - dès que nous franchissons le seuil de notre porte. À première vue, cette idée peut sembler dramatique. Et je ne souhaite certainement pas que l’on vive dans un état de vigilance constante ou d’inquiétude permanente.

Il ne s’agit pas de vivre dans la peur.
Il s’agit de vivre avec intention.

Car si nous prenons la sécurité et les facteurs humains au sérieux au travail - la fatigue, le stress, la distraction, la pression du temps, la normalisation de l’écart - alors nous devons être prêts à appliquer cette même réflexion… à nous-mêmes.

La sécurité personnelle n’est pas une politique. C’est une pratique.
Et pour les leaders, c’est aussi une responsabilité.

Non pas pour devenir plus productifs à tout prix, mais parce que lorsque nous ne prenons pas soin de nous-mêmes, notre capacité à prendre soin des autres s’effrite silencieusement.

L’angle mort du leadership : « La sécurité, c’est pour tout le monde… sauf moi »

Peu de dirigeants diraient à un membre de leur équipe :

  • « Saute tes pauses et pousse jusqu’au bout. »

  • « Conduis même si tu es épuisé - ce n’est pas grave. »

  • « Ignore ce sentiment que tu n’es pas pleinement concentré aujourd’hui. »

  • « Prends des risques parce que tu es en retard. »

Et pourtant, plusieurs d’entre nous s’imposent exactement ce genre de comportements, surtout lorsque la pression est forte et que les enjeux semblent élevés.

On banalise.
On rationalise.
On appelle cela de l’engagement.

Mais les facteurs humains ne se soucient pas de votre titre.

Le stress réduit l’attention.
La fatigue ralentit les réflexes.
La distraction diminue la conscience situationnelle.
La précipitation augmente le risque d’erreur.
Et la surcharge chronique rend les « petits » risques plus acceptables.

La sécurité personnelle est la couche de base de la performance et du jugement des dirigeants.
Pas dans un langage corporatif abstrait - mais dans la réalité quotidienne.

Si vous souhaitez renforcer la culture de sécurité de votre organisation, l’un des signaux les plus puissants que vous puissiez envoyer est celui-ci :

« Ma sécurité et mon bien-être comptent suffisamment pour que je les protège - et les vôtres comptent suffisamment pour que je m’attende à ce que vous les protégiez aussi. »

Où le risque personnel se manifeste réellement (et pourquoi il est si facile de l’ignorer)

Lorsqu’on pense au risque, on imagine souvent des événements majeurs.

La réalité est différente : le risque personnel est généralement discret. Il se cache dans la routine.

À la maison

Il commence avant même d’avoir quitté la maison.

  • On se lève déjà en retard.

  • Le sommeil a été insuffisant - parfois sans raison claire.

  • La journée débute par un écran.

  • On saute un repas ou on mange sans y penser.

  • On transporte un poids émotionnel qu’on n’a pas pris le temps de reconnaître.

Aucun de ces éléments n’est un échec. Ils sont humains.

Mais ce sont aussi des intrants.
Et les intrants comptent.

Pendant le déplacement

Le trajet domicile-travail est trompeusement risqué, précisément parce qu’il est familier.

  • Les conditions météo changent rapidement.

  • La fatigue est facile à ignorer dans un véhicule confortable.

  • L’esprit est déjà à la première réunion avant le premier feu rouge.

  • La pression du temps favorise la vitesse, les raccourcis et la distraction.

Le déplacement peut être une transition… ou un amplificateur de risque.

Au travail

Puis il y a le risque qui ne ressemble pas à un risque :

La surcharge cognitive.

Réunions enchaînées.
Décisions complexes.
Multiples parties prenantes.
Interruptions constantes.
Pression implicite de répondre immédiatement.

Ce n’est pas dangereux de façon évidente - et c’est précisément ce qui le rend dangereux.

Lorsque la surcharge devient la norme, on ne réalise plus quand on a franchi la ligne entre être occupé… et ne plus être en état de fonctionner de façon sécuritaire.

Une idée simple : se traiter comme un système

En gestion de la sécurité, on parle de systèmes : intrants, barrières, défaillances, récupération.

Et si nous nous traitions nous-mêmes avec la même rigueur - et le même respect ?

Pas comme des machines.
Comme des humains.
Comme des systèmes qui ont besoin de soins, de marges et de récupération.

Il ne s’agit pas d’optimiser chaque minute de sa vie.

Il s’agit de protéger son niveau de base.

Car l’objectif n’est pas la perfection.
L’objectif est la résilience : la capacité d’absorber le stress sans devenir fragile.

La « pile de sécurité personnelle » : des pratiques qui stabilisent

Voyez ceci comme une pile de couches protectrices. Vous n’avez pas besoin de toutes les adopter. Mais chaque couche aide.

1) Commencer la journée par un court bilan personnel

Avant les courriels.
Avant les nouvelles.
Avant les réunions.

Prenez 30 secondes pour vous demander :

  • Comment vais-je - physiquement, mentalement, émotionnellement ?

  • Quelle sera ma principale distraction aujourd’hui ?

  • À quel moment serai-je le plus susceptible de me presser ou de réagir plutôt que réfléchir ?

Ce n’est pas de la thérapie.
C’est de la conscience situationnelle.

2) Créer un petit tampon dans la matinée

De nombreuses journées deviennent risquées parce qu’elles commencent dans la précipitation.

Cinq minutes peuvent changer la façon de conduire, de parler et de décider.

Un tampon peut être :

  • partir cinq minutes plus tôt

  • éviter de planifier une réunion dès la première minute

  • prendre un court moment de calme avant d’ouvrir l’ordinateur

Ce n’a pas besoin d’être spectaculaire.
Il faut simplement que cela existe.

3) Protéger un fondamental physique

Quand la pression augmente, les bases sont les premières sacrifiées.

Choisissez-en une à protéger :

  • hydratation

  • un vrai repas

  • une courte marche

  • du temps à l’extérieur

  • une heure de coucher relativement constante

Une seule.
La constance vaut plus que l’ambition.

4) Insérer une pause avant les décisions à enjeu élevé

Beaucoup de mauvaises décisions ne sont pas dues à l’incompétence, mais à la vitesse.

Avant une décision importante, prenez 10 secondes :

  • Qu’est-ce que je suppose ?

  • Qu’est-ce que je pourrais manquer ?

  • Quel conseil donnerais-je à un collègue ?

La pause n’est pas un ralentissement.
C’est une réduction du risque.

5) Réduire la distraction à la source

La volonté est un piètre contrôle de sécurité.

De meilleurs contrôles sont environnementaux :

  • éloigner le téléphone

  • fermer les onglets inutiles

  • couper les notifications par blocs de temps

  • planifier des moments précis pour répondre

La distraction n’est pas un défaut personnel.
C’est une condition.

Changez la condition.

6) Créer un rituel de récupération en fin de journée

Beaucoup de leaders rentrent chez eux physiquement présents, mais mentalement encore au travail.

Un rituel de récupération signale au système nerveux que la journée se termine.

Par exemple :

  • une courte marche

  • une liste de clôture (fait / à venir / peut attendre)

  • une musique de transition

  • quelques minutes de calme avant la soirée

Ce n’est pas un luxe.
C’est de l’entretien.

7) Traiter le déplacement comme une phase opérationnelle

Si vous conduisez :

  • aucun texto, jamais

  • reconnaître la fatigue et ajuster le plan

  • accepter d’arriver cinq minutes plus tard plutôt que pas du tout

C’est simple.
Mais ce n’est pas banal.

La partie la plus difficile : se donner la permission

La plupart des dirigeants savent quoi faire.

Ce qui manque souvent, c’est la permission de le faire.

La permission de :

  • prendre une pause

  • dire non

  • ralentir

  • demander de l’aide

  • admettre la surcharge

Mais réfléchissez-y : vous y croyez déjà.

Vous y croyez pour votre équipe.

Vous préféreriez qu’une personne demande du soutien plutôt que de pousser jusqu’à l’erreur.

Pourquoi serait-ce différent pour vous ?

La sécurité personnelle n’est pas une indulgence privée. C’est un signal public.

Questions pour se challenger (et ouvrir la discussion)

Pour susciter une vraie réflexion :

  • Quel est actuellement le plus grand risque pour votre sécurité ou votre bien-être personnel ?

  • Quels sont vos signaux d’alerte lorsque vous n’êtes plus à votre meilleur ?

  • Que faites-vous lorsque vous les reconnaissez ?

  • Quelle habitude vous aide réellement à rester stable et en sécurité ?

  • Quelle habitude augmente silencieusement votre risque ?

  • Si un membre de votre équipe travaillait comme vous le faites aujourd’hui, que lui conseilleriez-vous ?

En conclusion : protéger la personne qui prend les décisions

Être dirigeant comporte des responsabilités. Cela ne changera pas.

Mais il y a une différence entre porter la responsabilité… et porter l’usure.

Cette semaine, je vous invite à rendre la réflexion personnelle :

À quoi ressemble votre sécurité personnelle - à la maison, en déplacement et au travail ?
Quelles pratiques vous stabilisent ?
Quels risques avez-vous normalisés sans le vouloir ?

Car si nous ne prenons pas soin de nous-mêmes, qui le fera ?

Et si nous ne sommes pas présents, en santé et attentifs - que valons-nous réellement pour ceux qui comptent sur nous ?

Si vous êtes disposé(e) à le faire, j’aimerais sincèrement avoir de vos nouvelles :
Que faites-vous pour protéger votre sécurité personnelle et votre bien-être — en particulier en début d’année, lorsque la pression et les distractions sont plus élevées ?

Photo de Medienstürmer sur Unsplash

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